Musiciennes & la tournée de l’Égalité en Bourgogne Franche-Comté

Fév 24, 2022

Le 13 janvier dernier nous avons rencontré Clotilde Bernier, cofondatrice et directrice artistique de Mazette ! (une structure d’accompagnement de projets et d’ingénierie culturelle) et Guillaume Dampenon, directeur du Bastion à Besançon pour nous parler du projet Musiciennes.

Le Bastion est un lieu culturel animé par une association du même nom, situé dans la tour bastionnée de Bregille, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2009. C’est en 1984 que le projet du Bastion voit le jour, porté par la volonté de musiciens et de musiciennes bisontin·e·s de proposer des espaces de répétition, de création et de diffusion « aux groupes de rock ». En 1986 commencent des premiers travaux d’aménagement du bâtiment. En 1989, le Bastion accueille son premier salarié ; en 1992, l’association ressert son projet sur les studios de répétition et la formation. Le Bastion a même été centre info Rock de 2002 à 2005 tout en poursuivant ses travaux d’aménagement jusqu’en 2019. Aujourd’hui, le Bastion, c’est 11 locaux de répétition, une régie d’enregistrement, un espace scénique de création, de restitution, un espace de formation sans oublier des bureaux et un bar ! C’est aussi et surtout près de 900 adhérent·e·s entre 7 et 82 ans, 7 salarié·e·s, près de 270 groupes et 5800 heures de répétitions annuelles, 13 membres du conseil d’administration et le fameux CDFB, aka le Comité des Fêtes du Bastion qui organise des événements festifs, par et pour les adhérents, « dans une ambiance salle des fêtes, canettes et bonne franquette. »

Depuis fin 2019, le Bastion concocte avec l’appui de Mazette et l’engagement d’autres structures de musiques actuelles voisines, un projet en plusieurs étapes qui se déroulera de février à avril 2022 : une tournée de l’égalité en Bourgogne-Franche-Comté et la semaine des Musiciennes au Bastion (MAB) qui clôturera cette aventure collective du 4 au 8 avril prochain. Ce projet global vise à valoriser la scène musicale féminine, favoriser la rencontre, les échanges et les débats notamment sur la place et l’accompagnement des musiciennes ; enfin il est aussi un formidable terrain de jeu pour réfléchir, coconstruire et expérimenter ensemble des pistes d’action pour soutenir la création musicale au féminin !

Ainsi, la Tournée de l’égalité, c’est 5 territoires impliqués, des temps d’échanges sur les enjeux de la parité et de l’égalité dans les musiques actuelles et de belles rencontres artistiques à venir ! Elle a commencé le 3 février, au Moloco (Pays de Montbéliard)  et elle se poursuivra au Silex (Auxerre), au Moulin (Brainans), à la Poudrière (Belfort), au PDZ aka les Passagers du Zinc (Besançon), à la Vapeur ou encore à la Péniche Cancale (Dijon).

Et du 4 au 8 avril 2022, Musiciennes au Bastion, laissera place belle à la création féminine ! La semaine commencera par l’accompagnement artistique de 3 groupes à majorité féminine et au lead féminin, vous l’aurez compris par une équipe de coachEs. Elle se clôturera par 2 journées d’échanges, de tables rondes et de débats ouvertes à toutes et tous !

L’identité visuelle du projet « MUSICIENNES – tournée de l’égalité » a été imaginée par le STUDIO CHAMP LIBRE à Besançon

L’Égalité, c’est aussi sur scène que ça se joue !

Nous avons tout d’abord demandé à Clotilde et Guillaume quelle(s) utopie(s) se cachaient derrière « Musiciennes » ?

Clotilde Bernier (CB) : Pour moi, l’utopie à termes serait qu’une jeune musicienne qui souhaite monter sur scène n’ait aucune autre crainte que celle de se retrouver face à un public. Il s’agirait dans l’idéal que tous les autres freins structurels, systémiques, culturels, sociétaux, etc. soient tombés et que cette musicienne puisse juste vivre sa scène en toute liberté !

Guillaume Dampenon (GD) : Pour moi et ma fâcheuse tendance à la grandiloquence, ce projet est réellement construit sur une utopie égalitaire. L’utopie d’un monde qui considère enfin le genre humain dans son ensemble de manière égale. Un monde enfin gouverné par les femmes ! Ce qui m’anime dans tout ça, c’est vraiment cette utopie-là.

Qui avez-vous embarqué dans ce projet ? 

GD : Ça s’est fait de façon progressive et par cercles concentriques. Au départ, je me suis vite senti très seul quand j’ai eu envie d’imaginer un projet de ce type. J’ai eu très rapidement envie de m’entourer. Je me sentais à la fois très seul et parfaitement illégitime, pour de bonnes ou de mauvaises raisons d’ailleurs. La première personne que j’ai contactée, c’est Clotilde, avec qui j’avais déjà travaillé et on a constitué notre binôme. À partir de là, on a pu réfléchir ensemble et décider d’embarquer plein de monde ! À mesure de la construction du projet, on fourmille d’idées et on partage aussi tous les deux l’envie d’associer les structures voisines dans l’aventure et de provoquer la rencontre. Ça, c’est pour la mécanique qui s’est mise en place. Sinon, en tout premier lieu, on t’a embarquée toi Stéphanie et la FEDELIMA, puis Mesparrow, la marraine du projet. 

CB : Guillaume a pensé tout de suite à intégrer l’ensemble de son équipe et, pour moi, d’emblée ce projet devait résonner à l’échelle régionale. C’est notre ADN, à la fois notre défaut et notre qualité professionnelle de vouloir associer plus largement, de travailler avec les autres structures de musiques actuelles du territoire, le réseau ! Voici comment on se retrouve avec un projet de tournée régionale, alors qu’on était parti·e·s pour une semaine tranquillou au Bastion ! On a également invité la Fema, le réseau des acteurs et actrices de la filière des musiques actuelles de Bourgogne-Franche-Comté. Et ensuite sont venues les structures plus « sociales » qui amènent une autre richesse aux contenus et à la réflexion collective. 

On a aussi intégré dans cette aventure, les coaches qui accompagneront les groupes lors de la semaine au Bastion. On avait à cœur de constituer une équipe de femmes sur l’accompagnement artistique.

Et comment s’est fait le choix de votre marraine, Mesparrow ? 

Nous sommes tous les deux amoureux de l’artiste !

CB : C’est une femme que j’ai croisée dès le début de mon parcours professionnel. Elle était en région Centre quand je travaillais au Chato’Do (Blois) et avec qui j’ai travaillé quand j’étais à Paloma (Nîmes). C’est une femme qui, il y a 15 ans, montait toute seule sur scène avec des machines, ça se faisait assez peu à l’époque, et qui est toujours là ! Par son parcours, elle questionne la notion de carrière musicale, comment on peut y intégrer un parcours de femme, de mère et aujourd’hui elle souhaite transcender et partager son expérience.

GD : C’est arrivé comme une évidence. Avec Clotilde, on avait imaginé au départ se partager un document où l’on aurait pu brainstormer toutes nos idées de marraines, faire des allers-retours, échanger sur le qui, le pourquoi… et en fait l’évidence de proposer à Mesparrow a surgi d’emblée. J’ai moins de liens historiques que peut en avoir Clotilde avec Mesparrow, sauf que je l’avais vue travailler dans le cadre d’un projet qu’elle avait mené au Moloco avec le conservatoire en 2013. Elle était en résidence dans la structure et je trouvais sa manière de travailler intéressante et très intuitive. C’est juste une femme fascinante et qui embarque les personnes par son charisme, mais aussi par sa sincérité au-delà du personnage qu’elle peut être sur scène. On est ravi·e·s qu’elle ait accepté !

Quel(s) moment(s) du projet avez-vous hâte de vivre ?

CB : C’est évidemment le premier lundi matin, de la semaine MAB, le moment de la rencontre avec les groupes et les musiciennes lors de la semaine au Bastion. Le démarrage de cette aventure, la rencontre avec de nouvelles personnes qui vont faire ensemble !

GD : En fait, il y a toujours une attente où se mêlent excitation et tract. Est-ce que ça va fonctionner ? Est-ce le public va répondre présent ? Est-ce que l’engouement de la construction collective de la tournée de l’égalité va se retrouver dans la mise en œuvre … ? J’ai déjà hâte du 1er rendez-vous au Moloco le 3 février !

La sororité, ça passe aussi par le fait de s’accompagner les unes les autres

Quelles figures féminines vous ont inspiré·e·s pour ce projet ?

CB : J’ai choisi de parler de Céline Rousseau, mon associée dans Mazette ! Au-delà de toutes ses qualités personnelles, l’histoire de MAB c’est pour moi une aventure de femmes, c’est un moment qu’on va passer ensemble. On se dit qu’à plusieurs on sera plus fortes, on va apprendre des unes, des autres et c’est aussi l’histoire qu’on vit avec Céline depuis 3 ans, moment où l’on a fondé Mazette !

Et une autre idée m’a également inspirée pour vous parler d’elle. Avec Céline, dans notre quotidien professionnel, nous sommes une coache l’une pour l’autre et la sororité ça passe aussi par le fait de se soutenir et de s’accompagner les unes, les autres. C’est aussi ce que je vois dans « Musiciennes au Bastion ».

GD : Je me suis demandé dans ma vie quelles artistes m’avaient vraiment marqué. Je suis né dans les années 80, il y avait très peu de modèle d’artistes femmes, et MTV n’était pas accessible à tout le monde, il fallait avoir le câble ! J’ai donc été biberonné au Top 50 ! Et avant d’avoir pu découvrir des artistes par moi-même, plus en phase avec la construction de ma culture musicale, les premiers souvenirs musicaux assez forts que j’ai, c’est Jeanne Mas et Mylène Farmer. Je ne dis pas qu’elles sont des modèles pour moi, mais j’ai un souvenir absolument incroyable du clip de Sans Contrefaçon je devais avoir 7 ou 8 ans à l’époque et je n’y ai sans doute pas compris grand-chose ! Je me rappelle que je l’ai reçu comme un ovni monumental par rapport à ce qui était diffusé la plupart du temps. Je trouvais ça dingue d’avoir un courage pareil qui dénotait complètement de ce qui était diffusé en boucle.

Ensuite, j’ai été fortement marqué par le rock alternatif, le mouvement grunge… et là j’ai découvert des figures féminines qui sont devenues tutélaires pour moi : Kim Gordon, Kim Deal & Courtney Love. C’est aussi par elles je crois, que je suis devenu extrêmement sensible à des femmes que je trouve charismatiques, fortes et puissantes dans ce qu’elles affirment, peu importe leur moyen d’expression en fait, comme Adeline Dieudonné une jeune autrice belge que je trouve incroyable. Les grandes figures qui font avancer l’humanité sont pour moi des femmes ! Et je rejoins là mon utopie de départ, nous devons nous dépêcher de considérer l’humanité dans son ensemble de manière égale !

En savoir plus sur le projet Musiciennes

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