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Les Flammes sonores : brûler les codes et raviver la confiance en collectif !

Nov 6, 2025

L’étincelle des Flammes sonores a jailli en 2022 des réflexions de Claire Zins, musicienne engagée qui venait d’être embauchée à la Souris Verte, à Epinal, en tant que responsable du pôle développement d’artistes.

Cet espace en mixité choisie, le temps d’un intense weekend, permet aux musiciennes des Vosges de marcher sur les braises de la pratique musicale, de s’essayer à d’autres instruments, de jouer ensemble et aussi d’expérimenter la force du collectif !

C’est avec Claire Zins que nous découvrons comment les Flammes sonores réchauffent les studios de répétition de la Souris Verte et font jaillir de nouvelles énergies créatives !

Depuis 2014, La Souris Verte transforme l’ancien cinéma Palace d’Épinal en un lieu vibrant de musiques actuelles. Au-delà de ses missions de scène de musiques actuelles, fidèle à la tradition de l’image de la cité d’Epinal, la Souris Verte s’attache aussi à développer les liens musiques actuelles & arts visuels sur son territoire. Entre énergie musicale et engagement local, La Souris Verte fait battre le cœur de la création dans les Vosges.

 

Rencontre avec

Claire Zins

Peux-tu nous présenter en quoi consiste les Flammes sonores en quelques mots ?

Ă€ la base, les Flammes Sonores, c’est un moment en mixitĂ© choisie, de pratique musicale pour les femmes et les minoritĂ©s de genre. Ça se passe habituellement sur un week-end du mois d’avril. Au dĂ©part, nous Ă©tions centrĂ©es juste sur le week-end et au fur et Ă  mesure des Ă©ditions, nous avons ajoutĂ© d’autres actions pendant l’annĂ©e, avec trois sĂ©ances de pratique en studio de rĂ©pĂ©tition avec une intervenante par exemple. Et, on met aussi les studios de rĂ©pĂ©tition Ă  disposition des musiciennes. Nous avons Ă©galement créé une boucle WhatsApp pour les musiciennes qui ont dĂ©jĂ  participĂ© aux Flammes Sonores qui me permet, entre autres, de les prĂ©venir quand les studios sont disponibles pour elles. Mais le cĹ“ur du projet se passe sur le week-end du mois d’avril oĂą il peut y avoir autant des confĂ©rences que des dĂ©bats, de la pratique musicale en petit groupe, de la dĂ©couverte instrumentale, des jams, etc. Les Flammes c’est un peu le mix de tout ça ! 

 

Comment as-tu eu l’idĂ©e de crĂ©er les flammes sonores ? De quelles envies, quels constats est nĂ© ce projet ? 

En fait, c’était pendant ma deuxième annĂ©e de master, ma dernière annĂ©e d’Ă©tudes. J’ai travaillĂ© sur la question des femmes dans le rock des annĂ©es 50 Ă  nos jours, c’Ă©tait il y a cinq ans. Comme c’Ă©tait le Covid, j’ai eu l’opportunitĂ© en termes de temps, de discuter avec diffĂ©rentes artistes dont quelques-unes qui m’ont parlĂ© d’un projet qui s’appelle Salut les Zikettes, qui se dĂ©roule essentiellement Ă  Paris ou en ĂŽle-de-France. J’ai regardĂ© ce que je trouvais en ligne sur Salut les Zikettes et je me suis dit « Waouh, qu’est-ce que c’est que ça, c’est pas mal ! » Et puis ça a raisonnĂ© particulièrement chez moi, car je suis aussi musicienne. A l’époque, je me suis dit que ce serait vraiment bien qu’il y ait plus d’initiatives comme ça. Et en fait, je suis arrivĂ©e Ă  la Souris Verte l’annĂ©e d’après, en service civique, et j’y ai fait mĂ»rir l’idĂ©e. Puis, quand j’ai Ă©tĂ© embauchĂ©e, j’en ai parlĂ© plus franchement Ă  ma direction en disant que ce serait bien qu’il se passe un truc comme ça dans la structure, parce que, dans le Grand Est, j’avais eu beau chercher, je n’avais pas trouvĂ© d’initiative qui ressemble Ă  celle-ci de près ou de loin, Ă  l’époque. Le but, ce n’Ă©tait pas du tout de copier « Salut les Ziiquettes « ! Mais d’initier un moment pour les musiciennes sur ce territoire. Je me suis dit, commençons dĂ©jĂ  par organiser un moment en mixitĂ© choisie, un atelier, peu importe quelle forme ça prendrait, ça pourrait ĂŞtre vraiment bien. Et finalement, ça a pris une forme un peu hybride : un week-end de pratiques musicales avec diffĂ©rents ateliers, diffĂ©rentes façons de faire de la musique. Je dirais donc que les Flammes sonores viennent plus d’une conviction personnelle Ă  la base, et d’un engagement vis-Ă -vis de toutes ces thĂ©matiques-lĂ . Et comme Ă  la Souris Verte, les personnes qui Ă©taient Ă  la direction Ă  ce moment-lĂ  ont vraiment accueilli l’idĂ©e du projet de manière très positive, et bien, ça s’est fait. J’avoue que j’Ă©tais assez contente ! Et nous voilĂ  Ă  la troisième Ă©dition en 2025 !

  C’est sĂ»r, c’est hyper politique, mais c’Ă©tait ma manière d’infuser mes valeurs dans mon travail 

Quelles sont les forces vives qui font les Flammes sonores ?

Je prends en charge l’intĂ©gralitĂ© de la rĂ©gie de l’Ă©vĂ©nement. Et au fil des Ă©ditions, en m’appuyant sur le rĂ©seau que j’avais dĂ©jĂ , j’ai pu impliquer des personnes en local que j’ai rencontrĂ©es via les fonctions d’accompagnatrice des projets artistiques que j’occupe Ă  la Souris Verte. Je fais appel Ă  des intervenantes extĂ©rieures pour les diffĂ©rents ateliers. La première annĂ©e, il n’y avait que trois intervenantes et en fait, au fur et Ă  mesure des Ă©ditions, ça a augmentĂ© et ça s’est diversifiĂ©.

Quand tu évoques des intervenantes, ce sont des musiciennes ?

Oui, ce sont surtout des musiciennes, principalement des Vosges. Sur la deuxième édition, nous avons aussi accueilli Louise Barrière, une universitaire qui a travaillé sur certaines thématiques autour des mouvements féministes dans le punk, c’était très intéressant.

Et qui sont les musiciennes à qui s’adressent les Flammes sonores ? 

Les Flammes sonores sont ouvertes Ă  toutes les musiciennes ! Mais le fait est que, sur notre territoire, ce sont essentiellement des musiciennes qui pratiquent dans un cadre amateur qui participent aux Flammes. Très rapidement après ma prise de poste, j’ai pu observer que dans les studios de rĂ©pĂ©tition de la Souris Verte, il y avait très peu de femmes, et encore moins de personnes des minoritĂ©s de genre, qui venaient jouer de la musique. Aussi, par rapport Ă  cette spĂ©cificitĂ© sur notre territoire, je me suis vite rendue compte que les personnes Ă  qui nous allions nous adresser, allaient ĂŞtre principalement des personnes qui, soit, avaient dĂ©jĂ  eu une pratique musicale Ă©mergente, soit n’avaient jamais eu de pratique musicale. Et dans les faits, il y a très peu de musiciennes en voie de professionnalisation autour d’Epinal. De facto, les Flammes s’adressent donc principalement Ă  des musiciennes qui pratiquent en amateures. Et j’ai pu constater que pour la plupart, elles ne s’Ă©taient pas forcĂ©ment posĂ© la question d’avoir une pratique musicale rĂ©gulière.

Après, au fil des Ă©ditions, les Flammes sonores font plus de bruit, sont de plus en plus identifiĂ©es. Cette annĂ©e par exemple, y a des musiciennes qui Ă©taient peut-ĂŞtre un peu plus avancĂ©es dans leur pratique musicale. Et pour l’annĂ©e prochaine, je pense qu’il y a une nĂ©cessitĂ© de rĂ©flĂ©chir justement Ă  diffĂ©rents niveaux pour ĂŞtre aussi adaptĂ©s aux personnes qui sont un peu plus avancĂ©es.

Comment fais-tu pour inviter ces musiciennes à pousser la porte de la Souris Verte, à venir tenter l’aventure des Flammes Sonores ?

Ça se fait principalement via la communication en ligne, via les rĂ©seaux sociaux. Comme on s’inscrit dans la lignĂ©e d’un Ă©vĂ©nement qui, de facto, est flĂ©chĂ© comme Ă©tant fĂ©ministe, mĂŞme si ça n’était pas dit directement, en fait ça intrigue et intĂ©resse quand mĂŞme des musiciennes. Après, il y a aussi le rĂ©seau des intervenantes qui s’est mobilisĂ©. Parmi les intervenantes il y a une personne qui est musicothĂ©rapeute, une autre qui est multi-instrumentiste mais aussi claquettiste, conteuse et qui a une compagnie Ă  mi-chemin entre le théâtre et la musique. Ça s’est surtout fait par la confiance et le relais direct ! 

Les musiciennes qui ont participé, ont-elles exprimé certains freins qu’elles rencontrent dans leur pratique musicale ?

Ce qui Ă©tait hyper intĂ©ressant, c’est qu’Ă  chaque fois, on a pu instaurer plusieurs moments de discussion lors du week-end pour recueillir leurs questions, tout en douceur, bien sĂ»r. Et c’est vrai qu’en Ă©coutant ce qu’elles avaient Ă  dire, on a pu se rendre compte de certains freins. Comme celui de ne pas oser, de ne mĂŞme pas avoir l’opportunitĂ© de se poser la question d’une pratique musicale possible pour elles ! Ça leur a permis de partager et de se rendre compte que certains freins Ă©taient internes et que d’autres venaient de leur environnement, de prendre conscience qu’on ne les avait pas rĂ©ellement soutenues dans leur pratiques artistiques.

  Certaines disaient par exemple, moi mon mec il a des instruments de musique mais j’ose pas y toucher et puis en mĂŞme temps il ne me propose pas non plus donc ça ne me vient pas forcĂ©ment Ă  l’idĂ©e

En fait, pour une grande majoritĂ©, ce qui les a attirĂ©es vers les Flammes sonores, qui les a fait passer la porte, c’est le fait que ça se passe en mixitĂ© choisie. C’est vraiment revenu comme l’argument numĂ©ro un pour beaucoup d’entre elles. Ça leur permettait de venir dans un cadre qu’elles estiment ĂŞtre une safe place.  Ce qui Ă©tait intĂ©ressant, c’est qu’il y avait aussi des personnes qui, de prime abord, Ă©taient contre la mixitĂ© choisie. Mais elles ont dĂ©cidĂ© de venir pour voir quand mĂŞme ce que c’Ă©tait. Et le plus souvent, elles ont complètement changĂ© d’avis lĂ -dessus. C’était hyper intĂ©ressant de voir ces personnes qui n’Ă©taient pas forcĂ©ment du mĂŞme avis, discuter entre elles vis-Ă -vis de la mixitĂ© choisie et de trouver quand mĂŞme un endroit commun oĂą elle se sentait en sĂ©curitĂ©. Après la mixitĂ©, on l’intègre par le concert du samedi soir, mais pas sur ces temps de pratique, de crĂ©ativitĂ©, d’expression qu’il faut laisser en mixitĂ© choisie pour favoriser la pratique et la libre expression, des musiciennes.

La non-mixité, il ne faut surtout pas l’enlever, parce que c’est cette singularité qui fait qu’on vient et qu’on se sente bien !

As-tu toi-même rencontré des freins dans la mise en œuvre des Flammes sonores ?

Il y en a eu bien sĂ»r ! Sur la première annĂ©e, une collectivitĂ© locale est venue me questionner sur le pourquoi de la non-mixitĂ©. Ça a Ă©tĂ© le seul atelier pour lequel une collectivitĂ© m’a demandĂ© des prĂ©cisions, alors que des ateliers, j’en propose toute l’annĂ©e !  Mais celui-lĂ  est flĂ©chĂ© sur la pratique et la mise en rĂ©seau de musiciennes ! J’’ai rĂ©pondu et ils ont compris. Mais il a fallu prĂ©parer un argumentaire pour justifier de ces choix, expliquer pourquoi ces espaces sont importants et ce qu’ils gĂ©nèrent et que finalement c’est juste une façon d’ĂŞtre paritaire dans notre budget de structure! Ce que je mets en exergue, c’est que toute l’annĂ©e, les ateliers qui sont proposĂ©s Ă  la Souris Verte sont en mixitĂ©. Ils sont ouverts Ă  tous et toutes et libres d’accès. Mais la majoritĂ© des personnes qui viennent, reste des hommes !  Donc ce que j’en dĂ©duis c’est qu’une majoritĂ© du budget de la structure qui est allouĂ©e Ă  ces ateliers, profite Ă  un public essentiellement masculin. Le fait de proposer les Flammes sonores, sur un week-end en mixitĂ© choisie, permet en fait, juste d’être un peu moins inĂ©galitaire en termes de rĂ©partition de l’argent public ! Ça ne permet pas d’ĂŞtre en Ă©galitĂ©, pas du tout et pas encore, bien malheureusement, mais ça permet d’avoir une balance qui est un peu moins inĂ©galitaire en tout cas.

Quel est le moment qui t’enthousiasme le plus dans ce projet ?

Alors, je sais que c’est toujours un moment avec beaucoup de stress, mais c’est vraiment pendant le week-end, en fait ! MĂŞme si je cours partout et qu’il y a Ă©normĂ©ment de choses Ă  gĂ©rer et que je ne peux pas ĂŞtre pleinement dedans. Lors de ce weekend, on partage les moments de discussion avec les stagiaires qui racontent ce qu’elles ont vĂ©cu. Ce que j’apprĂ©cie beaucoup, c’est qu’on met vraiment les intervenantes et les stagiaires au mĂŞme niveau, on discute toutes ensemble justement de nos ressentis.  Il y a toujours des sĂ©quences Ă©motions auxquelles on ne s’attend pas. Si une musicienne est très Ă©mue par ce qu’elle a vĂ©cu dans les ateliers, les autres vont ĂŞtre très respectueuses de cette Ă©motion et il y a un Ă©change qui se crĂ©e comme ça, avec beaucoup de respect, d’affection mĂŞme, de courage. Ce sont des moments hyper Ă©mouvants que je ne retrouve pas ailleurs.  Il y a vraiment une bulle qui se crĂ©e pendant ce week-end ; le premier jour, les musiciennes se jaugent un peu, il y a de la peur, de l’apprĂ©hension, le deuxième jour, ça va dĂ©jĂ  un peu mieux, et Ă  la fin ce sont des envies de se revoir, de faire des trucs ensemble qui sont exprimĂ©es, avec beaucoup de « Ajoute-nous dans la boucle WhatsApp » ! Après, je les laisse s’envoler. 

C’est vraiment trop bien. Il ne faut pas que ça s’arrĂŞte parce que c’est mon souffle de vie une fois dans l’annĂ©e et c’est merveilleux

Donc, c’est un moment que je trouve hyper beau parce qu’on sent qu’il y a une force qui se construit au fur et Ă  mesure du week-end.  Ça passe très, très vite et en mĂŞme temps, c’est hyper intense. Un moment a Ă©tĂ© hyper Ă©mouvant pour moi l’annĂ©e dernière, ma sĹ“ur est venue assister au week-end, elle venait par curiositĂ©. Et en fait, au moment oĂą elle est repartie, elle m’a exprimĂ© la mĂŞme chose que les stagiaires des autres annĂ©es, en me disant « mais c’est incroyable, tu ne devrais pas arrĂŞter ça, il ne faut pas arrĂŞter, c’est trop bien, ça fait trop de bien ! ».

Ça provoque du bonheur, autant le garder, faire en sorte que ça continue ! Et alors ?

Quelle figure féminine ou personne minorisée de genre pourrait faire écho, pour toi, aux Flammes sonores ?

C’est une question qui est assez compliquĂ©e parce qu’il y en a plein ! Quand j’ai imaginĂ© cet Ă©vĂ©nement, moi qui viens surtout du rock, je pensais justement Ă  toutes les musiciennes qui m’inspirent dans ces musiques-lĂ . Mais en fait, ça va bien au-delĂ  de tout ça. Si je dois citer qu’un seul nom, ça serait sĂ»rement la personne qui m’a parlĂ© de mixitĂ© choisie. Il s’agit de Katerine Gierak, dite Mademoiselle K. C’est elle qui m’a indiquĂ© que ça existait. Et je pense que c’est vraiment le point de dĂ©part de ce truc-lĂ  parce que si elle ne m’en avait pas parlĂ©, peut-ĂŞtre que les choses auraient Ă©tĂ© diffĂ©rentes ou ça aurait Ă©tĂ© plus tard. VoilĂ  pour moi, c’est le point de dĂ©part. C’est un point de dĂ©part en tous cas !

Les Flammes Sonores

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